Je pensais que l’écriture me délivrerait, mais voilà que je bloque. La colère m’a tellement envahie qu’elle rend l’écriture complexe. Par quoi commencer ? A quel moment ? Suis-je apeurée ? Mon cerveau a-t-il cessé de fonctionner correctement ? Dois-je écrire à plusieurs personnes, une seule ?
Au cours d’une séance avec la psychologue, j’ai évoqué ma démarche et cette emprise de la colère. « C’est normal ».
Très bien, trouvons un point de départ ! Si je réfléchis un tout petit peu, ma situation professionnelle s’est dégradée dès le jour où j’ai postulé. Alors je vais commencer par ça.
Pour me faciliter la tâche, je vais t’imaginer, toi lecteur.
Très cher lecteur, si tu ne vas pas bien, fais toi aider, mon histoire est malheureusement banale et elle fait mal. Tu n’as pas besoin de t’infliger des blessures. Le stade actuel où je suis ne me permet pas de te donner des clés de solutions, pour le moment ma vie n’est qu’une accumulation de blessures non cicatrisées.
Nous sommes à une terrasse de café, tu es un ami récent et j’éprouve l’envie de te raconter mon histoire…
Suite à la mutation de mon conjoint, j’ai postulé à un emploi, dans l’administration, de chef de section.
Un mois après avoir envoyé ma candidature, j’ai été appelée un jour en fin d’après-midi. Mon interlocuteur m’a laissé un message vocal indiquant qu’il souhaitait que je le rappelle rapidement, même tard, jusqu’à 18 heures ( 😀 ).
J’étais très intéressée par ce poste, j’ai donc rappelé immédiatement.
La personne s’est présentée comme actuel chef de bureau et a indiqué qu’il ne pouvait pas me recevoir car le ministère lui demandait un retour des candidatures pour le lendemain matin et que le service RH venait de ne lui transmettre les candidatures que maintenant.
Un peu déconcertée, je me suis présentée, j’ai déroulé mes expériences professionnelles, comment je percevais ce poste et comment je pensais me projeter. Mon interlocuteur m’a coupé sur la perception de mon poste, en m’expliquant qu’il ne savait pas en quoi cela consistait, que c’était très vague pour le moment. Je me suis sentie très mal à l’aise, car j’ai eu l’impression d’avoir plus de connaissances que lui. J’ai dévié sur mon CV en faisant mention de mes compétences. Réponse : « je n’ai pas regardé votre CV ni lu votre lettre ».
Comment te dire, je pense que je suis passée par toutes les couleurs. Et j’ai d’un coup pensé que l’entretien par téléphone était une très bonne idée !
La suite a été magistrale : « De toute façon vous êtes la femme du colonel X, donc c’est votre candidature qui va être retenue. D’ailleurs vous lui passerez le bonjour de ma part. »
Atteinte d’un début de bégaiement, j’ai rappelé ma polyvalence et les outils que j’ai développé dans mes précédents emplois.
Autant te dire que mon interlocuteur n’en avait rien à cirer.
Sans nouvelles pendant plus d’un mois et demi, j’ai rappelé au même numéro et… je me suis fait envoyer balader. « Quand j’aurai des nouvelles je vous rappellerai ». Je n’ai jamais été rappelée. C’est mon conjoint qui m’indiquera que j’ai été recrutée grâce à une publication intranet.
Premier drapeau rouge ! Oui tu as raison. Mais j’ai pensé que cette situation provenait d’un quiproquo sur la place de mon conjoint.
Suite à ma visite parisienne du service, j’ai rendu compte au futur chef de bureau et à son adjoint. En effet, entretemps j’ai appris que la personne qui avait organisé mon entretien partait à la retraite.
Comme personne ne communiquait, j’ai indiqué que je me présenterais le 1er septembre à compter de 8 heures.
Je ne vais pas faire durer le suspens, ma première journée a été, au sens propre du terme, un enfer.
Le futur chef de bureau m’a reçue en compagnie de son adjoint. Et rebelotte, ils n’avaient pas lu mon CV, ni ma lettre de motivation, ni mon compte-rendu.
Cependant, tout se passait bien… quand le recruteur a fait irruption. Il s’est présenté et a de suite indiqué au futur chef de bureau tout en me regardant avec un large sourire : « Je connais Madame X, je suis pour quelque chose dans son recrutement ».
Tu te demandes ce qu’il se passe dans ma tête à ce moment là ? Je suis outrée et je me dis que la journée va être longue.
Ce n’est que le début de ce sublime 1er septembre.
Suite à cet entretien, j’ai été conviée à prendre le café. Alors que j’échange avec mon chef et son adjoint, le recruteur (R) intervient pour m’indiquer quelle tasse prendre. « Il y a celle des grands chefs, des invités d’honneur, prenez celle là. Mais B (prénom de mon conjoint) ne l’a pas dit, pourtant B sait comment ca se passe. B est déjà venu ici, il aurait pu le dire. B aurait pu amener une tasse ».
On me donnera la tasse des grands chefs et j’ai bien compris que je n’étais pas Madame X mais La femme du colonel.
Une fois dotée de mon attribut, il a osé me faire une formation sur le fonctionnement de la machine à café, la difficulté du process, mais qui reste à la portée des femmes. Cette conversation lunaire, était ponctuée de « tu/vous », chose anormale dans cet univers où je suis un subordonné.
Face à la multiplication des signaux d’alerte, j’ai demandé à m’entretenir avec mon chef de bureau, qui lui même trouvait anormal ce type de comportement et, je cite, « je comprends que cela vous déplaise « .
J’ai au passage rappelé qu’ici j’étais madame X. Que je n’étais pas stupide, qu’il lui arriverait parfois de ne pas être d’accord avec son chef (mon conjoint), qu’il aurait parfois des mots durs, mais que j’avais autre chose à faire quand je rentrais chez moi et que je restais à sa disposition s’il éprouvait une difficulté.
Il m’a indiqué qu’il fallait que j’échange directement avec mon interlocuteur et que si je n’étais pas à l’aise, il le ferait. J’ai proposé de le faire moi même ; mauvaise idée.
A 11h58, R passe la tête dans l’encadrement de la porte et dit : « Je vous recevrai cet après-midi. Au fait, c’est très indiscret de ma part et cela ne me regarde pas, mais vous déjeunez où à midi ? ». Réponse : « En effet cela ne regarde que moi ». R est devenu rouge et est parti déjeuner.
Seule dans mon bureau, j’ai trouvé l’après-midi plus sympathique que la matinée, vu qu’à 16h30, R ne m’avait pas reçue. Le bonheur fut de courte durée.
Depuis le couloir j’ai entendu : » Madame X, venez dans mon bureau ! »
Ah, là je pense que ma réponse de ce matin ne lui a pas plu et il a l’air excédé.
A peine entrée dans le bureau, R m’a demandé de fermer la porte. Je lui ai indiqué qu’il n’était pas utile de fermer la porte. Il a insisté et a argumenté que personne n’avait à prendre connaissance de la nature des échanges. J’ai argué que je n’avais rien à cacher à mes collègues et que ce que je lui dirais pouvait parfaitement être entendu, cela ne me dérangeait pas. Il s’est énervé. Au fond de moi, j’avais surtout peur qu’il continue dans la même dynamique de l’entretien d’embauche et de la matinée. Qu’allait-il me dire encore !
Face à son énervement, que trahissait son visage dont la colométrie fluctuait entre le rouge vif et le rouge violacé, je suis restée calme. Déconcertée par ma sérénité, il s’est offusqué de mon attitude, disant qu’en trente ans de carrière personne ne s’était aussi mal comporté que moi. J’ai alors demandé qu’elle était la nature de cet entretien. Pas de réponse. Il a continué à insister sur mon comportement et a ajouté « je ne comprends pas pourquoi ». Réponse : « Mais depuis le début cela se passe mal : à ce jour je n’ai toujours pas de nouvelles de vous, je ne sais pas si j’ai été recrutée, je ne sais pas quand je dois me présenter, vous faites des allusions sur mon conjoint, vous l’appelez par son prénom alors que je suis un subordonné et vous faites du « tu/vous ». Surpris il a bafouillé que c’était faux, qu’il n’avait jamais tutoyé. Je lui ai récité ses phrases de la matinée. Agacé, il finira par dire : « Moi non plus cela ne me plairait pas ». J’ai demandé à nouveau la nature de l’entretien, il m’a répondu de fermer la porte. J’ai indiqué : « Je ne sais pas pourquoi je suis là, de plus vous n’avez aucune délégation de signature sur les travaux provenant de ma section, donc je prends congé ». Il m’a ordonné de me rassoir. « Si vous avez des difficultés avec moi je vous invite à vous entretenir avec mon chef de bureau, ou à défaut puisque vous citez son prénom, le colonel. »
Ceci s’est déroulé le 1er septembre. Il est parti à la retraite en octobre.
Je n’ai su ce qu’il avait fait qu’en janvier…
Suite à cet incident, des informations m’étaient soustraites ou étaient directement données à mes subordonnés. Mais ce que je n’avais pas compris, c’est que mon chef de bureau allait lui aussi me faire vivre un enfer.
Entre le 1er et le 9 septembre je n’ai pas le droit de téléphoner à mes interlocuteurs, je n’ai pas le droit d’interagir avec les acteurs internes. Les échéances importantes approchent et je n’ai aucun levier malgré les alertes.
Et c’est par un bel après midi, qu’un vendredi, après une pause déjeuner gastronomique avec mon grand amour, je serai convoquée dans son bureau à 14 heures. Oui, mon conjoint m’a convoqué au retour de notre déjeuner. Je n’était pas fière du tout et surtout bien embêtée, car je me doutais qu’il n’était pas du tout au courant des obstacles que je rencontrais et du démarrage pénible de la section, alors que les échéances arrivaient et que si ça continuait nous serions tous dans le pétrin.
Et si on reprenait un café ? Je vais te raconter la suite.

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